Le Cubry une histoire d’eau…

Les lavoirs sur le Cubry à Epernay
Vue du pont de la rue de Magenta. © Epernay Patrimoine

Nouvelle écrite par Francis Grongnet

Le  CUBRY c’est cette petite rivière qui traverse notre ville après un périple sinueux de treize kilomètres dans les vignobles des Coteaux Sud d’Epernay. Il est un affluent de la Marne et rejoint celle-ci au lieu dit «le Petit Pont » non loin du supermarché  Carrefour quai de Marne.

Le nom de Cubry serait d’origine gauloise et signifierait « le ruisseau du Corbeau ». Il prend naissance par débordement des eaux des étangs de Noire Fontaine dans la forêt de St Martin d’Ablois à 221 mètres d’altitude.

Jadis la cuvette d’Epernay située à l’Est par le Mont Bernon et à l’Ouest par les Coteaux de St Antoine, n’était qu’un vaste marécage que le Cubry traversait et alimentait de ses eaux. Certains bâtiments comme l’Eglise St Pierre  St Paul, la Poste d’Epernay et tout dernièrement la Rénovation St Thibault sont bâtis sur des pilotis enfoncés profondément dans la terre meuble avant de reposer sur un sol beaucoup plus solide.

Le Cubry a joué un rôle très important dans le développement économique de la ville. L’exploitation de ses eaux, dès les premiers siècles de notre ère, a permis à plusieurs petites industries de se développer sur son cours. On retrouve des traces de ces activités dès l’an 406. Si le Cubry n’avait pas existé, la ville d’Epernay elle non plus n’aurait pas existé.

Citons par exemple les Tanneurs venus de Chalons qui furent les premiers à s’installer à Epernay, l’eau du Cubry ayant parait-il  des qualités pour assouplir le cuir. Ces tanneurs tannaient le cuir pour la fabrication de vêtements ou autres objets usuels de tous les jours. Il existe encore à Epernay la rue des Tanneurs en référence à ce métier.

Puis ce furent les Meuniers qui exercèrent leur métier sur le Cubry. Le premier moulin était un moulin à tan pour les tanneurs. Vinrent ensuite les moulins à grains. Epernay comptait jusqu’à six moulins dont le dernier était encore en activité au début du 20ème siècle.

Les Laveuses s’installèrent aussi sur le cours du Cubry et de nombreux lavoirs  furent construits pour laver leur linge, mais aussi le linge des familles bourgeoises, pour gagner quatre sous. L’installation des militaires à Epernay donnait aussi du travail à ces laveuses, qui pour certaines, étaient devenues professionnelles. A l’aide d’une brouette en bois sur laquelle étaient posée la lessiveuse encore bouillante elles allaient laver le linge dans les eaux du Cubry

Agenouillées dans le fond d’un tonneau, ou dans une caisse en bois garnis de paille, les laveuses trempaient le linge directement dans le ruisseau. A l’aide de savon noir et de cendres, pour que le linge soit plus blanc, et armées d’une  brosse à chiendent, elles frottaient draps de coton, linge de maison, chemises et caleçons sur une planche de bois appelée mandoline. Une fois débarrassé de sa crasse, le linge était rincé dans l’eau …claire…. du Cubry. Il faut signaler aussi que presque chaque maison riveraine située sur le Cubry possédait son propre lavoir. Les lavoirs, collectifs ou individuels, ont laissé quelques vestiges de leur existence et on peut encore en apercevoir quelques uns (malheureusement en triste état) à divers endroits dans la ville…. si l’on prend le temps de les découvrir !!! D’autres lavoirs collectifs dits « bateaux lavoirs » étaient amarrés sur les berges de la Marne. Si le lavoir était l’endroit ou on lavait le linge, on profitait du lieu pour bavarder, rire et aussi….cancaner sur ses voisins. Si les murs des lavoirs pouvaient parler ils nous raconteraient bien des histoires et peut être aussi parfois des histoires, pas toujours racontables, surtout quand les militaires apostrophaient les laveuses pendant leur besogne.

Le métier de Vannier s’est lui aussi développé. Ces derniers utilisaient un végétal naturel et providentiel qui poussait dans les marais, l’osier. Ils le tressaient pour fabriquer des paniers de tous genres et des clayettes pour les vignerons qui avaient planté leurs vignes sur les coteaux autour des marais. L’osier trempé dans les eaux du Cubry s’assouplissait et devenait très malléable pour le tressage.

LE parcours en ville du Cubry fut plusieurs fois modifié au cours des siècles, notamment dans un but de construire des remparts pour protéger la ville contre les envahisseurs. Le Cubry a servi de douves au pied de ces remparts. Dès le 19ième siècle l’urbanisation de la cité nécessita son recouvrement à plusieurs endroits pour permettre la création de nouveaux espaces urbains. Par exemple c’est en 1881 que la Place Carnot fut recouverte (actuellement un parking) et c’est dans les années 1970 que l’Avenue du Rempart du Cubry fut elle aussi recouverte pour faciliter la circulation des automobiles.

La domestication des eaux du Cubry nécessita la construction de vannes et de barrages afin d’éviter les inondations, qui pour certaines, furent dévastatrices dans le centre ville. Celle de 1910 en fut témoin, la ville étant submergée par des torrents de boue et de gravats de toutes sortes, issus des coteaux alentours et situés en amont, charriés pas les eaux du Cubry.

Aujourd’hui le Cubry n’est plus pollué par les eaux de ménage, car la ville a mis en place un réseau de tout à l’égout. En principe seules les eaux de pluie se déversent dans le Cubry, mais celles-ci entrainent avec elles, lors de gros orages ou de fortes précipitations, des résidus de produits phytosanitaires déversés en abondance dans les vignes et les cultures en amont de la ville. La pollution des eaux et la dégradation des ouvrages ou des façades donnant directement sur le Cubry ont contribué à dévaloriser ce patrimoine, surtout en centre ville. Une prise de conscience des riverains est nécessaire pour qu’ils admettent qu’ils  ont un rôle très important à jouer dans la protection de ce patrimoine. Quelques uns d’entre eux font des efforts pour entretenir les abords, mais malheureusement  il n’est pas rare au moment de la tonte du gazon ou de la taille des haies, de voir des déchets verts flotter sur l’eau, jetés par d’autres riverains moins scrupuleux, créant ainsi des barrages entravant le cours régulier du Cubry. L’embellissement et le fleurissement des berges, des passerelles, le ravalement des façades, la réhabilitation des lavoirs, le curage du lit de la rivière  permettraient la mise en valeur de ce patrimoine afin qu’il puisse s’inscrire avec d’autres sites remarquables dans une dynamique de promotion touristique de notre ville.

Les lavoirs sur le Cubry à Epernay, de nos jours.
Photo prise sur le pont de la rue de Magenta. © Epernay Patrimoine

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